lundi 18 octobre 2010

« France Télécom répercutera la hausse de la TVA »

(www.leprogres.fr) : Stéphane Richard, le directeur général du groupe de télécommunications, critique la décision du gouvernement d'augmenter la taxe sur les forfaits télévision/téléphone/internet (offre triple play) et sur les mobiles donnant accès à la télévision.

Vous avez conclu récemment un accord pour racheter 40 % de Médi Télécom au Maroc. Pourquoi cette nouvelle implantation géographique ?

Nous sommes obligés de rechercher des relais de croissance à notre activité. Les marchés de l'Europe sont déjà très équipés et les baisses des prix dans la téléphonie mobile ne permettent pas d'engranger des marges aussi élevées qu'avant. Donc, tous les pays du Moyen-Orient, du Maghreb et l'Afrique, où nous sommes déjà très bien implantés, nous intéressent. Mais, nous savons bien sûr que nous ne sommes pas les seuls à nous intéresser aux pays émergents. Il faut être lucide, il n'y a plus d'Eldorado dans les télécoms.
Des investissements au Maroc peuvent-ils conduire à une délocalisation de vos centres d'appel français ?
Non. La question de la localisation de nos activités sur le territoire français fait partie du pacte social avec les salariés et les collectivités locales. Notre arrivée au Maroc ne signifie aucun changement de ce côté-là. Aujourd'hui chez France Télécom, moins de 25 % des appels sont traités par des sociétés partenaires, pour l'essentiel en France, et très marginalement, à l'étranger.
Vous évoquez le contrat social de France Télécom. L'un de ses volets importants concerne l'emploi des seniors. Pourquoi les seniors ont-ils autant de mal à trouver du travail en France ?
C'est un sujet réel que nous prenons très au sérieux, notamment parce que nous y sommes plus confrontés que les autres : la moyenne d'âge dans notre groupe s'élève à près de 47 ans. Mais, l'emploi des seniors, ce n'est pas seulement une question de volonté de l'entreprise. Il est compliqué d'organiser des fins de carrière harmonieuses quand vous vous retrouvez face à une population qui, pour l'essentiel, rêve de partir le plus tôt possible.
Quelles mesures
avez-vous pris ?
Nous avons mis en place avec les organisations syndicales un temps partiel senior (TPS). Il permet, dans les trois ans qui précèdent le départ à la retraite, par exemple, de passer à 50 % d'activité en conservant 80 % du salaire. Ce passage au TPS s'effectue sur la base du volontariat, et avec une incitation financière pour lisser l'effet « perte de revenus ». Les seniors peuvent, en même temps, effectuer du tutorat auprès des salariés plus jeunes. L'autre chantier est la généralisation des entretiens de fin de carrière avec les salariés de plus de 55 ans.
Mais quid des seniors au chômage qui viendraient frapper à votre porte ?
Notre programme a pour objectif de recruter une première vague de 3 500 personnes cette année. Il y aura parmi elles des seniors.
A hauteur de quel pourcentage ?
Nous avons déjà beaucoup de seniors et nous devons penser à l'intérêt à long terme de l'entreprise. Parallèlement, nous avons développé une politique très active de recrutement de jeunes apprentis.
Le gouvernement a annoncé vouloir relever à 19,6 % la TVA sur les offres « triple play » des opérateurs. La ministre Christine Lagarde ne vous écoute plus ?
Je suis bien placé pour savoir que les contraintes budgétaires sont très fortes et que les arbitrages difficiles. Mais, je l'ai déjà dit, le secteur des télécommunications a déjà beaucoup contribué à la solidarité nationale, avec quatre taxes depuis 2008. Nous ne pouvons absorber un tel alourdissement. Le relèvement de la TVA représente pour nous un surcoût de 230 millions d'euros. Il y aura donc malheureusement une répercussion sur la facture… Nous avons besoin de conserver nos ressources pour investir, en particulier dans notre réseau et dans le contrat social.
De quel montant sera
la hausse pour les abonnés ?
Je ne peux pas encore le dire. Nous verrons quand la mesure aura été votée au Parlement, ce qui est prévu pour la fin de l'année. Ensuite, nous aurons deux mois devant nous pour en décider.
Recueilli par Nicolas Ballet


« Notre objectif est de recruter une première vague de 3 500 personnes cette année. Il y aura parmi elles des seniors. »
 bio express Stéphane Richard

> Directeur général de France Télécom depuis
mars 2010
> Né le 24 août 1961 à Caudéran en Girond. Petit-fils d'un berger des Cévennes et fils d'un ingénieur des mines. > Diplômé d'HEC et de l'ENA dont il sort inspecteur des Finances.
> De 2007 à 2009 : directeur de cabinet du ministre de l'Économie Christine Lagarde.
> Rejoint France Télécom
en septembre 2009.

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