Fournisseurs de contenus, concurrents ou partenaires?
Investir dans les réseaux tout en réduisant les prix.
«Seuls les plus forts survivent». La pensée de Charles Darwin est valable de nos jours pour les opérateurs télécoms! La course vers la connectivité totale s’accentue. Entreprises de télécommunications, fournisseurs de solutions informatiques et de contenus, régulateurs méditent sur un nouveau modèle économique. Ils étaient tous là ce 27 octobre à «Convergence to Casablanca 2010». Venus d’Asie du Sud, du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord (Samena) pour défricher des pistes de croissance via justement la convergence des contenus: téléphone mobile, internet, jeux, vidéos, télévisions.
Il reste une équation financière non négociable: investir dans les réseaux sans augmenter les prix. Tel est le challenge pour David Ross, PDG et fondateur du cabinet d’expertise éponyme. «Comment le téléphone portable doit-il interagir avec en plus des réglementations différentes?», s’interroge-t-il aussi.
L’industrie télécoms a dû investir depuis 2007 trois milliards de dollars dans la fibre optique.
L’investissement cumulé entre 2002 et 2011 va atteindre les 15 milliards de dollars. Somme colossale misée uniquement dans les câbles sous-marins. La région du Samena compte 10 liaisons, dont l’une relie Londres à Bombay et passe par le Détroit de Gibraltar et Djeddah. «L’infrastructure de bande passante se développe au Moyen-Orient (Arabie saoudite et Emirats arabes unies surtout) via une nouvelle génération de technologie. Mais les performances de la région restent faibles en termes de capacité et de vitesse», reconnaît Saud Al Daweesh, DG de Saudi Telecom Company. Ce qui rend la région moins concurrentielle par rapport à l’Asie où l’Amérique du Nord.
L’investissement en fibre optique joue dans la mesure où il augmente la capacité de transfert de contenus. Le président du conseil de télécommunications de Samena, Bocar A. BA, prêche le consensus. Il faut «éviter la confrontation» entre opérateurs d’abord et «discuter d’une seule voix pour élever le débat technologique». Le message est double.
L’association qu’il préside compte 35 opérateurs et dont les intérêts ne convergent pas toujours. Face à de puissants fournisseurs de contenus comme Google, Yahoo! ou Facebook, il est primordial de «discuter d’une seule voix». Ils sont une voie royale pour diversifier les revenus et augmenter le chiffre d’affaires. Ahmed Nassef, vice-président de Yahoo au Moyen-Orient, cite une étude de Nielsen sur les nouvelles sources de lecture ciblant 3 pays: Liban, Egypte et Emirats. Journaux en ligne (41%), internet (40%) et blogs (17%) s’adjugent les premières places. Sauf que les 22 pays arabes -qui comptent 22% des internautes du monde- ne disposent que de 1% de contenus en arabe. La guerre des contenus est à la fois technologique et linguistique.
Il ne faut pas s’y méprendre. L’industrie audiovisuelle US, les chaînes surtout, fait déjà un blocage contre Google TV. Si les opérateurs télécoms offrent l’accès internet, les fournisseurs de contenus, eux, gouvernent le net. Google accapare 6% du trafic international. C’est ce qu’a révélé en 2009 une étude d’Atlas Internet Observatory.
L’avenir des uns et des autres et lié. «Tout le monde est condamné à travailler en commun sur des infrastructures à moindre coût, de nouveaux services et une nouvelle régulation», prévient David Ross. Où en sommes-nous dans tout cela?
Azzedine El Mountassir Billah, directeur général du régulateur télécoms (ANRT), annonce ses derniers chiffres. Le Maroc a atteint 30 millions d’abonnés mobile contre 1,5 million fin des années 1990. Avec 30.000 emplois, il est aussi en tête de liste des activités offshore. Et d’ici fin 2011, toute la population du pays sera couverte en réseaux. Le gouvernement marocain ne lâche pas prise. Il veut généraliser, d’ici 4 ou 5 ans, l’internet haut débit. La vision politique est là. Reste à faire en sorte que les opérateurs suivent. D’âpres négociations vont être engagées sur l’aménagement du territoire en fibre optique. Certains opérateurs s’y préparent.
Les Emiratis, eux, ont l’avantage du nombre et de la superficie. 10,6 millions d’abonnés mobile et internet pour un taux de pénétration de 205%. Le plus élevé au monde, selon Fintan J. Healy. Il est directeur de la réglementation du régulateur télécoms émirati. Les lignes fixes n’affichent pas la même croissance. Mais il y a une pénétration importante de fibre optique dans les foyers. Le régulateur émirati n’a en revanche pas défini encore les 8 marchés de détail et de gros. «Nous sommes en phase de consultation», affirme Healy. Décision qui sera essentielle pour stimuler la concurrence. Car les prix comptent autant que les contenus.
Humaniser la technologie
Nos trois opérateurs misent déjà sur les interfaces, telles que Facebook. Mohamed El Mandjra a prévenu ses confrères, le 27 octobre lors de la conférence Samena, contre «la mauvaise convergence». Communiquer est humain avant tout: «Il n’y a pas que la technologie, il faut connecter les gens avec leurs émotions, leurs vies…». Autrement dit, la convergence entre le GSM, internet, TV ne doit pas être perçue uniquement comme un centre de profit. La formule d’El Mandjra fait mouche: «Nous avons besoin de faire de l’argent raisonnablement». L’idée est de «penser des solutions individualisées.
Les utilisateurs ne doivent pas avoir l’impression d’être en face d’une technologie. La discrétion prime». La convergence est également une affaire de confiance. Confiance numérique et fiabilité technologique vont de pair. «Si vous gagner la confiance d’un client, vous pouvez utiliser les canaux pour la publicité aussi». Mais il n’y a pas que la pub. «La traduction sera par exemple très sollicitée par les générations futures», poursuit le DG de Méditel. La convergence impose finalement une redéfinition des rapports avec les usagers et les concurrents.
Jeudi 28 Octobre 2010
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